• Inuits à l'école : raccrocher en jouant dehors

    Texte et reportage : Sophie Langlois

    C’est la fin des classes cette semaine pour les élèves partout au Canada. Chez les jeunes Inuits, le simple fait de finir l’année est une réussite. Au Nunavik, 80 % vont décrocher avant d’atteindre le 5e secondaire. Pour les motiver, on les emmène de plus en plus découvrir leur territoire, notamment grâce au programme « Jeunes Karibus ».

    Les Inuits voient encore l’école comme l’instrument d’assimilation des Blancs, un endroit où ils perdent leur culture et leur identité, plutôt que comme une voie d’intégration au marché du travail. Depuis quelques années, la Commission scolaire Kativik offre donc de plus en plus d’activités d’apprentissage qui se déroulent en plein air.

    Les élèves se préparent toute l’année pour faire une grande expédition de ski de fond reliant deux villages dans la baie d’Ungava ou la baie d’Hudson.

    Le programme « Jeunes Karibus », c’est un peu le bébé de l’enseignante Valérie Raymond. « La vie des jeunes n’est pas toujours facile. D’avoir des projets positifs qui leur permettent de rêver, qui leur permettent de croire en eux, ça peut les aider à suivre un chemin un peu plus positif, une vie plus épanouie. »

    « Dès le mois d’août et durant toute l’année scolaire, nous avons plusieurs sessions par semaine pour [nous] préparer », explique l’enseignante Valérie Raymond. « Il y a de l’entraînement physique, des cours avec la nutritionniste, des ateliers avec des gens de la communauté. Pour apprendre à bâtir des igloos traditionnels, on va chercher un peu de connaissances traditionnelles. Il y a aussi tout l’aspect leadership, connaissance de soi, travail d’équipe, comment bien communiquer nos besoins dans des situations difficiles. On apprend aussi les premiers soins. On est en région isolée; qu’est-ce qu’on fait si on se blesse? Comment on gère les blessures? Il n’y a pas d’hôpital juste à côté. »

    Puis, le grand jour arrive enfin. En avril dernier, 45 jeunes et une vingtaine d’adultes ont affronté le vent et la tempête pour faire 92 kilomètres de ski de fond en cinq jours.

    « Un jeune en classe et un jeune sur le territoire, c’est deux univers totalement différents, selon Valérie Raymond. De voir l’aisance qu’ils ont sur le territoire, et le bien-être qu’ils projettent, c’est incroyable. Et de voir à quel point ils sont fiers, à quel point ils sont transformés après, ça n’a pas de prix. Maintenant, ils ont d’autres rêves et ils savent qu’ils peuvent les atteindre. C’est là que ça devient vraiment beau à voir. »

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